Boissombre
La forêt de Boissombre est réputée pour plusieurs choses : ses lacs poissonneux, sa faune prospère, ses clairières verdoyantes propre a inspirer au poète médiocre des haïkus stupides ou ses ruines de divers châteaux remontant a des époques aussi diverses que reculées…
Mais la forêt de Boissombre n’est pas réputée pour cette petite demeure, perdue en son sein, abritant deux âmes ; deux âmes qui elle, savent ce que représente cette forêt.
Elle devrait l’être.
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C’est un long chemin de terre, pas vraiment remarquable, serpentant entre les arbres massifs et les reliefs abrupts, qui conduit chez eux. Rare sont les habitants des terres avoisinantes a l’emprunter, et inexistant sont ceux qui iraient jusqu’au bout, personne ne se rendait jamais chez les Osth, du moins personne de bipèdes et vaguement humanoïde.
Empruntons le chemin, et poussons la porte de la minuscule bâtisse, invitons nous a l’intérieur et jetons un œil a ce qu’il s’y trouve. Une douce odeur, ou plutôt une multitude d’entre elle, l’odeur du pin et du chêne, du thym, de la lavande, toute une foule d’herbes séchant ça et là, suspendu aux poutres de la masure. L’odeur d’une cheminée, de la bûche se consumant dans l’âtre en un crépitement apaisant et régulier. L’odeur de sacoches en cuir vieillot reposant sur la large et lourde table trônant au centre de l’unique pièce. Et l’odeur du pollen et de la terre… son odeur… elle est assise près du feu et recoud pour la troisième fois une même paire de chaussette noires. Elle attend tranquillement qu’il termine sa liste, il y inscrit une série de noms barbares qui n’ont de signification que pour bien peu de monde, il compte aussi y inscrire les éternelles mise en garde, des avertissements qu’elle connaissait déjà par cœur depuis quelques années maintenant, mais qu’il ne pouvait s’empêcher de remettre inlassablement dans chacune de ses listes. Quand il l’aurait terminé elle prendrait avec elle les deux besaces accrochées a l’entrée, enfilerait ses vieilles chaussures et…
« A tout a l’heure papa ! » lui dit-elle, en prenant non pas le petit chemin de terre qui part au loin vers le seul village a des milles a la ronde mais ce talus qui porte les empreintes de ses pas quotidiens, ses pas qui la guide encore plus profondément dans la forêt de Boissombre.
La cueillette des herbes lui prenait toujours trois ou quatre heures, commençant en début d’après midi , sauf quand il fallait récupérer quelques rares fleurs nocturnes, qui ne s’ouvraient que pour capter l’éclat de la lune, et restait enfouie sous terre le reste du temps. Son père avait du se faire une raison quelques années auparavant, son dos ne lui permettait plus de partir dans la forêt ramasser toutes ces plantes. Il avait toujours voulu un fils, pour prendre sa succession, mais finalement les dieux lui avaient offert une fille, en échange de sa femme, qui dû rendre son dernier soupir alors que son enfant poussait le premier. Il avait du se faire une raison, les dieux ont parfois de drôle d’idées derrière la tète. Et puis la petite Carole n’était pas avare en effort, il se demandait parfois si il n’aurait pas eut plus de problème avec un garçon. La vie était routinière avec elle, jamais il ne lui venait a l’esprit d’aller faire l’andouille au village, jamais elle ne se plaignait, elle apprenait l’herboristerie avec l’assiduité de celle qui a compris le respect de sa tâche et en plus, elle recousait les chaussettes, et préparait le repas, et tout ça avec le sourire.
Non, assurément, le Père Osth ne se sentait pas abusé, il aurait pu tomber sur bien pire comme descendance.
Mais alors vraiment, vraiment pire.
Carole terminait sa tournée du jour, plus qu’une poignée d’angéliques a trouver, dont elle savait qu’elle en trouverait immanquablement près du lac de Fondvaseux, au pied de la montagne. Elle pressait alors le pas, ayant remarqué a travers le feuillage des arbres l’amoncellement de quelques nuages grisâtre. La pluie ne lui posait pas de problème personnel, mais elle préférait éviter au cuir usé de ses besaces une humidité peu souhaitée.
Elle arrivait maintenant en berge du lac, elle pouvait déjà entendre le clapotis des premières gouttes sur la surface de l’eau… ou était-ce bien des clapotis ? Le lac de Fondvaseux était bien connu pour abriter quelques brochets de tailles plus que respectable, suffisamment respectable pour ne faire qu’une bouchée d’un enfant bien portant, était-ce bien la forme d’un baigneur qu’elle voyait au large de la berge ?
« ..eh ! eh toi ! reviens !! » appela-t-elle en direction du baigneur. Ce dernier ne sembla pas entendre, Carole commençait a paniquer. « Reviens sur la berge !! c’est dangereux !! » cria-t-elle
Ca y’est, il revenait dans sa direction, encore quelques mètres…
Il disparu de la surface en un battement de cil, le reflet métallique d’une peau écailleuse brillant au dessus de l’eau un bref instant avant de disparaître a son tour sous le miroir cristallin du lac.
Les besaces tombèrent au sol, elle se couvrit la bouche, mettant un moment avant de réaliser complètement ce qu’elle venait de voir, cela avait été si rapide, des questions se bousculait dans sa tète : qui était-ce ? pourquoi n’était-il pas au courant ? pourquoi n’était-elle pas arrivée un peu plus tôt ? Les derniers cercles finissaient de se dissiper a la surface du lac, Carole resta figée sur place alors que les premières gouttes de pluie tombaient sur le feuillage touffu de la forêt de Boissombre.
